Laura Garcia Vitoria

Territorios del conocimiento/Territoires de la connaissance Sociedad del conocimiento/Société de la connaissance : les regards sur l'identité personnelle et professionnelle dans la société de la connaissance

8/05/2008

Echanges chinois: le secret et le stratagème

De: laura.garcia
Envoyé: mardi 5 août 2008 10:28
À : P
Objet:… Re: des positions possibles identifiées

" efficacité, l’efficience, stratégie, discrétion..." secret?

Parfois le manque de discrétion est aussi une stratégie nécessaire à la survie et à l'apprentissage, lire "El Quijote".
Eh oui, parfois nous n'avons pas le choix et nous sommes poussés à l'extrême pour survivre!
Le singulier et le destin existent aussi...
Ne pas oublier l'histoire des grands changements de civilisations, des grands exploits: rien se fait sans effort, qu'ils soient visibles ou non.
La discrétion oui, mais sans le secret.
Prudence oui, sans niaiseries et fausses semblants.
La parole oui, mais avec le respect de chacun.

Toute pierre est nécessaire à un édifice: il y a la façade, l'intérieur occulté, le décor... chaque pièce et chaque élément sont indispensables à sa survie!

Seul celui qui a beaucoup à se reprocher se cache derrière une fausse discrétion ou un faux secret. Le vrai secret n'a pas besoin de se cacher, il est invisible et imperceptible pour celui que ne veut pas voir, intransmissible et innombrable, il est unique et personnel à chaque personne à chaque individu! Cela est valable pour tout apprentissage...


Quant à la pensée chinoise, je vous livre ici l'esprit de la réflexion de Pierre Fayard sur le Sun Tzu, ("Comprendre et appliquer Sun Tzu. La pensée stratégique chinoise : un message de l'action", Dumond, chapitre "Cacher dans la lumière"):
"Comment assurer la sécurité d'un secret quand règne la plus grande des circonspections?... Le simple cache le plus grand secret, et l'invisible (yin) s'habille des apparences de son contraire... Provoquer insensiblement le changement est préférable à l'annoncer... Le stratagème n'est pas une science exacte, mais un art risqué qui joue avec les circonstances et la volonté en acte d'autres acteurs".


L'essentiel en conclusion est résumé pour moi dans l'une des oraisons funèbres de Nara Singde au 17 ème siècle (se reporter à "Lieux de savoir" sous la direction de Christian Jacob):

"L'or lui semblait de la terre,
Seul comptait la droiture.
La vue du talent l'émouvait,
La vue d'un sage l'inspirait"

Bien cordialement
Laura

-----Message d'origine-----
De : P
Envoyé : mardi 5 août 2008 03:47
À : laura.garcia
Objet : Re: …des positions possibles identifiées


Le 4 août 08 à 16:39, Laura.garcia a écrit : « Quant à moi, Je préfère l'approche de la philosophie "pragmatique" à la "spéculative" qui me semble, souvent, donner lieu à de vraies errances rhétoriques et de belles formulations dignes du temps des précieuses!
Je préfère aussi l'approche de la philosophie Shinto qui est bien proche de celle des petits paysans espagnols du dernier siècle et de leur perception de la nature physique et humaine.
L'esprit Quichotte et Samouraï sont des visions communes à ces deux horizons culturels ». LGV

Voilà qui me ravit ;o)
Voir de François Jullien, "Traité de l'efficacité" Paris, Grasset, 1996 dont voici le texte de la 4ème de couverture. "D’où nous vient l’efficacité ?

"Comment la penser sans construire un modèle à poser comme but, donc sans passer par le rapport théorie-pratique, et hors de tout affrontement héroïque?" A la difficulté européenne de penser l’efficacité – même sur le versant «réaliste » de notre philosophie (d’Aristote à Machiavel ou Clausewitz) – s’oppose l’approche chinoise de la stratégie: quand l’efficacité est attendue du «potentiel de la situation» et non d’un plan projeté d’avance, qu’elle est envisagée en termes de conditionnement et non de moyens à fin, de transformation et non d’action, de manipulation et non de persuasion, etc : «l’occasion» à saisir n’est plus alors que le résultat de la tendance amorcée, et le plus grand général ne remporte que des victoires «faciles», sans même qu’on songe à l’en « louer»."
De ce clivage, on percevra mieux en quoi consiste la possibilité d’effet; et notamment, qu’il faut sortir d’une conception spectaculaire de l’effet pour comprendre qu’un effet est d’autant plus grand qu’il n’est pas visé, mais découle indirectement du processus engagé, et qu’il est discret."J’appellerai fonds d’effet ce dont nous vient cette efficacité sans dépense, et qui ne rencontre pas de résistance. Il nous conduira à concevoir une stratégie qui serait de l’efficience plus que de l’efficacité."

Et oui, le reste du monde existe ;o)

Bien cordialement, P

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