Laura Garcia Vitoria

Territorios del conocimiento/Territoires de la connaissance Sociedad del conocimiento/Société de la connaissance : les regards sur l'identité personnelle et professionnelle dans la société de la connaissance

12/29/2007

Les soubassements de l’économie du savoir : du microcluster au graphe global

Notre collègue blogueur Francis Pisani évoque dans ses derniers billets deux figures qui nous permettent de mieux comprendre certains mécanismes de la genèse de l’économie du savoir.
Pour ce qui est du regroupement en sous-régions des entreprises d’un même secteur qui entraînent ces effets de réseaux si enviés à la Silicon Valley - ce que nos économistes appellent des « externalités positives » -, il rappelle, suite à un récent article du New York Times, qu’ils se construisent autour d’origines ethniques (principalement indiennes et chinoises), voire d’activités ou de relations personnelles établies (Université de Stanford), tous contacts intangibles permettent de bien meilleures communications. Pour AnnaLee Saxenian, l’une des meilleures spécialistes de ces questions qui enseigne à l’université voisine de Berkeley, ils constituent, souligne-t-il, une façon très efficace d’innover, de voir extrêmement vite ce qui marche et ce qui échoue. Ils sont ainsi à la base de ces micro-climats qui feront les économies territoriales de demain, à l’instar d’autres espaces tels que le parc scientifique de Hsinchu à Taiwan. Le tout génère postures culturelles et identités visuelles.
Le « grand graphe global » (GGG) - formule lancée par Tim Berners-Lee, l’inventeur du Web - désigne à ses yeux les relations que nous y établissons. Ce qui importe, c’est la façon dont on est connecté et pas la façon dont ses pages de Web sont connectées. Un graphe est la représentation d’un ensemble de liens entre des noeux. Le graphe social permet de représenter les liens entre les gens non plus dans leur positionnement topographique, mais mesurés au travers de leurs interactions en ligne (ce ne sont plus seulement les ordinateurs dans le cas de l’internet ou les pages dans le cas du web). Le graphe sémantique ajoute les métadonnées permettant à des machines de lire les interactions en question.
Ce sont en effet moins les réseaux sociaux - ou communautés - qui comptent que leur dynamique telle qu’on la trouve dans les multiples actions concrètes que le GGG est sensé pouvoir représenter. Un peu dans la même veine, la blogueuse israélienne Orli Yakuel représente ainsi le web sous forme d’un plan de métro…

Est suggéré ainsi que nous sommes en train de passer du Web à une sorte de grand graphe nous reliant tous au travers de nos analyses et de nos compétences. Cela nous invite surtout à regarder, comme le souligne Francis Pisani, à un autre niveau que celui auquel nous sommes habitués: “Penser en termes de graphe plutôt que de web est essentiel si nous voulons tirer le meilleur parti possible du web mobile, du zoo d’appareils sauvagement différents qui nous permettront d’accéder au système” écrit en effet l’homme qui a donné naissance au web.
Ces deux figures - l’une territoriale et l’autre sociale - rejoignent plusieurs articles récents dans le domaine des sciences humaines : ainsi, la dernière livraison de la revue Sciences Humaines porte sur la géographie des idées et les nouveaux pôles de savoirs : Jean-François Dortier dans son article sur « Les archipels du savoir » y évoque l’écologie des idées, les routes de l’intelligence et la nouvelle géopolitique du savoir.
Notre rapport à l’autre, territorialement ou socialement, se décline ainsi en carrefours et laboratoires. David Cosandey (Le secret de l’Occident. Vers une théorie générale du progrès scientifique, Paris, 2007) ne rappelle-il pas qu’il ne saurait y avoir de dynamique de l’innovation sans oligopolarité économique et culturelle ?

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