Laura Garcia Vitoria

Territorios del conocimiento/Territoires de la connaissance Sociedad del conocimiento/Société de la connaissance : les regards sur l'identité personnelle et professionnelle dans la société de la connaissance

1/06/2008

L’Empire de l’intelligence : le Japon comme société de la connaissance

Une telle formulation nous est suggérée par le récent ouvrage publié sous la direction de Jean-François Sabouret : «L’Empire de l’intelligence», publié à la fin de l’année dernière aux Editions du CNRS, ouvrage dont l’ultime chapitre dû à Alain-Marc Rieu analyse «le Japon comme société de la connaissance». Professeur à Lyon, l’auteur d’un précédent ouvrage sur «Savoir et pouvoir dans la modernisation du Japon» souhaite ainsi montrer qu’au Japon ce phénomène est plus large et plus profond que ce que l’on entend communément par « économie de la connaissance ».
Un territoire doit savoir évaluer la «situation épistémique» dans laquelle il se trouve.
Il y a de cela un quart de siècle, souligne l’auteur, le Japon avait su mettre en place un agencement institutionnel, des méthodes et des organismes lui ayant permis de transformer les connaissances disponibles en une technologie générique, en nouvelles industries et nouveaux produits.Il se trouvait ainsi en avance par rapport à la quasi-totalité des autres pays nullement dans la production de connaissances, mais dans leur assimilation et leur acquisition : une véritable machine à innover avait ainsi été mise en place! Paradoxalement, certaines régions plus intensément productrices de connaissance ne surent ainsi évaluer la « situation épistémique » dans laquelle ils se trouvaient : le savent-ils d’ailleurs vraiment aujourd’hui ?
Où l’on parle de kagakugijutsu !
Jean-François Sabouret dirige le Réseau Asie, préfiguration de l’Institut des Mondes Asiatiques au travers notamment de «MedAsiaNet». Il le rappelle à loisir : il n’y a pas dans l’horizon culturel japonais la même différenciation qu’en Occident entre episteme et techne. On parle ainsi couramment de «science technologie», de « kagakugijutsu» : «comprendre le mécanisme d’un objet et de là remonter aux idées qui ont présidé à sa création est tout aussi important (sinon plus) pour un Japonais que de s’installer dans un ciel à idées et de «dire le monde» à partir de là en descendant en quelque sorte dans le monde des applications et du tangible». Un «homo technophilus» en quelque sorte...
Le territoire japonais se fit ainsi «plate-forme de la création et d’exploitation de la connaissance» et son vécu «une culture de l’éphémère et du transitoire» : cette nécessité de devoir mettre en cause toute chose matérielle a incontestablement conduit à développer une vraie déclinaison temporelle de l’éphémère à la manière de la transition des saisons dont on sait quelle fait partie des événements les plus attendus d’une population même largement urbanisée au point qu’une surface de vente ne compte pas moins de quatre-vingt dix dates pour des promotions particulières essentiellement liées au calendrier. Une rythmique temporelle dont on peut penser qu’elle est relativement favorable à la gestion et à la structuration des savoirs - le débat en tout cas est ouvert ! -.
Le keitai denwa, appendice du Nippo-sapiens
On connaît le suivi des innovations japonaises auquel se livre régulièrement Karine Poupée, aux articles de laquelle nous nous sommes souvent référés. Son analyse de la genèse du téléphone mobile comme «clef d’or», «concierge», voire «assistant de vie» des japonais illustre particulièrement bien de tels mécanismes, mais aussi les ambitions et les défis qu’ils traduisent: tout cela ne fait que conforter naturellement les analyses évoquées précédemment.
La transformation depuis les années 1980 du rôle, du statut et de l’organisation du savoir dans les sociétés industrielles, si elle est essentielle au Japon, n’en est pas moins ainsi aujourd’hui omni-présente par exemple dans les réflexions sur le positionnement actuel et futur de la Chine dans cette évolution, ceci au travers notamment de ses racines confucéennes. Un secret de l’Asie par rapport à celui de l’Occident tel qu’analysé dans ses paradigmes de croyance et de pensée par David Cosandey auquel nous nous référions précédemment? Une analyse en tout cas où la sociologie aurait la place que celui-ci confère à la géographie. Un tel énoncé en réalité n’est-il pas à lui tout seul une image de la profonde rupture que manifeste nos nouvelles perceptions d’une économie et d’une société basée sur le savoir?

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